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400 ans
Québec, QC, Ca-na-da

Écrit le jeudi 3 juillet 2008, par Minh Quang

Ici au Canada on fête cette année les 400 ans de la ville de Québec.

Il faut dire que c’est l’une des villes les plus anciennes d’Amérique du Nord, et il est vrai qu’elle a malgré tout un certain charme.

En revanche les Québécois ont un peu tendance à se la jouer et pensent que le monde entier est à la fête, mais il faut se rendre à l’évidence : personne ne sait où se trouve la ville de Québec, même pas les Français qui seraient pourtant les plus susceptibles de savoir où elle se situe vu que c’est eux qui l’ont fondée... mais ces derniers ont du mal à faire la différence entre Québec, la ville, et la province du Québec, quand ils ne confondent pas tout simplement le tout avec le Canada.

En arrivant au Québec, j’étais a priori, et bien naïvement, un sympathisant à la cause séparatiste québécoise, pensant à tort qu’il s’agissait du combat noble d’un peuple pour préserver sa culture et son histoire.

Après avoir vécu deux ans à Québec, la ville, j’ai compris qu’il ne s’agit que de guéguerres politiques visant uniquement à foutre la merde dans le Canada en jouant les Caliméro. La culture il n’y a guère que les universitaires qui s’en soucient, et ce ne sont pas forcément les plus farouches défenseurs du souverainisme. Les séparatistes purs et durs sont souvent les plus ignorants, ceux qui ne savent même pas parler leur propre langue, encore moins la lire ou l’écrire — c’est à dire une grande partie de la population. Presque la moitié.

Le mouvement séparatiste est en fait un mouvement nationaliste de bas étages qui est plus teinté de xénophobie qu’autre chose, et qui se sert de l’ignorance crasse du peuple québécois pour lui laver le cerveau avec une honteuse propagande qui le dépeint comme un peuple opprimé, colonisé [1], victimisé.

Après deux ans passés au Québec — à Québec — je n’ai plus aucun respect pour l’idéal souverainiste québécois qui n’est autre qu’une idéologie du renfermement sur soi et du rejet de tout ce qui est étranger, Français compris, alors que les Français seraient des alliés naturels des vélléités séparatistes du peuple québécois.

C’est ce refus de l’autre qui nous a rendu le Québec étouffant, ce sentiment qu’en dépit de tous nos efforts et notre bonne volonté nous ne serions jamais acceptés en cette terre si hostile à l’étranger.

Je suis à ma façon un grand défenseur de la langue française et il est paradoxal que pour être à l’aise dans ma francophonie, pour m’assurer que mes enfants maîtrisent la langue de Molière, il ait fallu que je me réfugie dans la province voisine de l’Ontario, presque complètement anglophone.

L’Ontario a 30 ans d’avance sur le Québec quand il s’agit d’ouvrir les bras à l’immigration et intégrer les nouveaux arrivants dans son tissu économique, culturel et social. Je me suis tout de suite senti à l’aise en Ontario, je me suis senti chez moi, je me suis senti bien dans ma condition d’anglophone, mais avant tout de francophone - car si j’use indifféremment des deux langues, c’est vers la dernière que penche mon cœur. Ici j’ai trouvé des gens qui se battent pour le français, pour que leurs enfants aiment cette langue. Au Québec je n’avais trouvé que négligence et indifférence face au massacre linguistique qui y sévit.

Maintenant je suis et me sens Canadien. Je sais également que si je remets les pieds aux Québec, j’y serai accueilli en Canadien, c’est à dire avec mépris. Et pour couronner le tout, je demeure également un indécrottable Maudit Français. Exactement les deux choses qu’il ne faut pas être au Québec. Mais je m’en fous, au moins je me sens bien dans ma peau et je n’ai pas de complexe avec ça.

Québec, au milieu de tout ça, reste quand même une belle ville dont j’ai beaucoup apprécié certains aspects que je retrouve en partie dans ma vie actuelle à Waterloo.

Un peu comme Paris — cette ville merveilleuse dont on aimerait bien parfois qu’elle se vide de ses Parisiens — Québec est une belle ville, mais elle a le défaut d’être pleine de Québécois ;)

Aujourd’hui je me joins aux célébrations des 400 ans de la belle ville de Québec, joyau de l’histoire du Canada.

Notes :

[1] Je rappelle au passage que les Québecois sont des colonisateurs, tout comme les Canadiens anglais. La différence entre les deux, c’est que les Québecois sont ceux qui ont perdu la guerre. En anglais on dit loser, en québécois on dit côlon, avec un accent circonflexe comme la partie du tube digestif qui mène au rectum.



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2 commentaires

  • 400 ans

    10 juillet 15:17, par Guy Verville
    Les Québécois n’ont pas perdu la guerre, ils n’étaient pas québécois à l’époque. Les gens de la ville de Québec ont plutôt ouvert les portes de la ville aux Anglais, car ils en avaient marre de la France qui les avait carrément abandonnés. Ta lecture du Québec et même du Canada est vachement simpliste. Si les Canadiens anglais ont une meilleure tradition d’immigration, c’est parce qu’ils sont anglais d’origine. La France n’est pas plus tendre avec ses immigrants que ne le seraient les Québécois... Et tu as encore du mal avec l’expression « maudit Français ». Le terme « maudit » ne possède pas la même signification au Québec que ce qu’en donne le Larousse ou le Robert. Tu n’es probablement pas demeuré suffisamment au Québec pour t’en être rendu compte. Oui, le Québec est au Ca-na-da et il le restera. Les jeunes québécois sont beaucoup plus mondialistes que tes généralisations le suggèrent. Tu sembles oublier que l’affranchissement (quand même énorme) québécois s’est fait dans les années 60. Il est normal que l’ego se soit gonflé un brin. Là, il a tendance à être plus pragmatique et ouvert. Enfin, si tu vis en Ontario, c’est parce que tu le veux bien. Ce n’est certes pas à cause du Québec.

    Voir en ligne : Guy Verville

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    400 ans 10 juillet 23:35, par Minh Quang

    Ils n’étaient pas Québécois à l’époque


    Là on joue sur les mots. Québécois, Canayens, néo-Français... peu importe, on parle des mêmes : les colons français venus conquérir le continent.

    Quant à savoir s’ils se sont battus ou s’ils ont sciemment laissé entrer l’envahisseur (j’entends déjà fuser les sales blagues sur les capitulations françaises et les guerres du XXe siècle), j’avoue que je m’en fous comme de l’an 40. Ça s’est passé il y a plus de 200 ans et aujourd’hui encore les Québécois le reprochent aux Français. Et moi quand j’essayais d’en savoir plus sur les raisons de cette rancœur persistante, la discussion s’arrêtait là et on me balançait un laconique "Oui mais toi tu peux pas comprendre".

    Ben non je peux pas comprendre, je suis trop bête. Le summum a été atteint le jour où je me suis fait répliquer : "Tu ne peux pas savoir ce que c’est que d’être un peuple colonisé."

    Ha ! Mais je suis le fruit de la colonisation française. Mes ancêtres n’ont pas une goutte de sang gaulois et c’est la colonisation qui nous a sorti des rizières pour nous mener dans la jungle urbaine du 93. Les Français ont apporté la civilisation au pays de mes ancêtres en faisant quasiment disparaître les traces de l’histoire d’un peuple et en la remplaçant par un bonhomme cloué sur une croix — et ce uniquement pour des raisons de pouvoir et d’argent.

    Ce n’est qu’en 1975 que "mon peuple" a "gagné" son indépendance, et à quel prix ! Pourtant on n’en veut pas aux Français (ni aux Américains) : le passé est le passé, c’est l’avenir qui compte. Et puis d’ailleurs vous n’êtes pas un peuple colonisé. Opprimé je veux bien l’admettre dans une certaine mesure, mais colonisé je ne suis pas d’accord.

    Que les jeunes Québécois soient plus mondialistes, tant mieux : ça veut dire qu’il y a de l’espoir pour le futur et qu’ils vont peut-être un jour se débarrasser de ce sentiment revanchard exprimé sur les plaques d’immatriculation.

    Oui je généralise. J’expose ma vision des choses. C’est la façon dont je ressens mon expérience au Québec, où je ne me suis pas senti accepté. Et je l’avoue : les torts sont sans doute partagés.

    Ce qui est dommage c’est que j’avais de la bonne volonté, pas d’arrière-pensées ni d’idées préconçues. Je ne connaissais pas plus le Québec que l’Ontario, et c’est mon mal-être au Québec qui m’a fait m’intéresser à l’Ontario, auquel je n’avais jusqu’alors porté aucun intérêt.

    Il est vrai que ça a été comme un coup de foudre et que j’ai tout de suite adoré.

    Je l’ai déjà écrit, je comprends pourquoi on peut aimer le Québec et je ne reprocherai à personne de s’y sentir bien : à chacun son idéal, et le mien n’est pas au Québec.

    Mon expérience personnelle est sans doute anecdotique, et si j’avais été blanc, ou si j’avais choisi Montréal, elle aurait pu être toute autre. Mais comme me disait l’autre : « Faire partie d’une "ethnie", parler avec la bouche en cul de poule et t’installer à Québec, c’est vraiment chercher les emmerdes. »

    En fait ouais, je l’avais peut-être cherché : bien fait pour ma gueule de métèque.

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